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FOCUS FORMATION CONTINUE : L’ANATOMIE DU VIVANT – IDŌ SCHOOL

L'offre de formations continues proposées par la BSF est très riche. Ici, à la rédaction de la newsletter, essaye de les accorder un peu plus d'attention afin que nos membres praticiens soient mieux informés de l'offre, non seulement au sein des écoles affiliées, mais aussi à l'initiative des membres praticiens.
Saviez-vous d'ailleurs qu'il est obligatoire de suivre une formation continue pour être en règle avec les exigences statutaires de votre adhésion ?



ILLUSTRATIE IDO FRNL





Véronique Cloquet


Quelle est la différence fondamentale entre un corps vivant et un corps mort ?  On pourrait répondre, dans la perspective de la médecine traditionnelle chinoise, que le corps vivant est animé par le Ki, notion associée au mouvement, à la transformation et aux processus dynamiques du vivant, alors que cette dynamique disparaît avec la mort.

Cette réponse peut sembler évidente dans le cadre de la pensée orientale.
Pourtant, elle ouvre une question essentielle : comment décrire anatomiquement quelque chose qui est, par définition, en mouvement permanent ?  L'histoire de l'anatomie nous montre que cette question n'a pas été abordée de la même manière selon les époques et les traditions médicales occidentales et orientales. Cette différence trouve une belle illustration au travers de l’histoire relatée ci-dessous par Maitre Kawada.

 

Deux regards sur le corps humain

En Occident, la dissection humaine a commencé déjà dans l’Antiquité, mais c’est au XVI-ième siècle qu'André Vésale va profondément transformer l'enseignement de l'anatomie en associant l'observation directe du corps, la dissection et une représentation précise des structures anatomiques. En 1538, il publie les ‘Tabulae anatomicae sex’, six planches anatomiques qui constituent une étape importante dans l'histoire de l'illustration anatomique. L'anatomie occidentale va progressivement développer une approche de plus en plus analytique du corps : identifier les structures, les décrire, les nommer, comprendre leurs rapports et leurs fonctions.

En Chine, une autre tradition médicale s'est progressivement développée autour de textes anciens, dont le ‘Huangdi Nei Jing’, le Classique interne de l'empereur Jaune, constitue l'un des principaux représentants. Il ne s'agit pas d'un traité d'anatomie au sens moderne du terme. Cette tradition s'intéresse davantage aux manifestations du vivant, aux relations entre les fonctions corporelles et à leur évolution. L'observation passe notamment par les cinq sens – la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher – auxquels s'ajoute, dans la pratique traditionnelle, une attention particulière aux qualités et aux mouvements du Ki.

Ces deux traditions ne posent donc pas exactement les mêmes questions. L'une cherche principalement à comprendre comment le corps est constitué ; l'autre cherche davantage à comprendre comment le vivant fonctionne et se transforme. Il ne s'agit pas nécessairement de deux visions incompatibles. Elles peuvent être considérées comme deux manières différentes d'observer un même être humain. Et c'est précisément ce qui rend leur comparaison intéressante.

 

L'histoire de Sugita Genpaku racontée par Maitre Kawada

Une histoire rapportée par Maître Kawada permet d'illustrer cette rencontre entre deux façons de regarder le corps.
« Sugita Genpaku, médecin japonais ayant vécu de 1733 à 1817 pendant la période Edo, avait été formé dans la tradition médicale chinoise alors prédominante au Japon. Il était cependant fasciné par les descriptions anatomiques occidentales, beaucoup plus détaillées que celles auxquelles il avait accès dans sa formation.
Rappelons ici qu’à cette époque, le Japon était isolé de l'Occident. Les Néerlandais constituaient toutefois une exception : ils étaient autorisés à commercer avec le Japon et leurs ouvrages pouvaient ainsi parvenir jusqu'au pays. Sugita Genpaku réussit à se procurer un ouvrage anatomique néerlandais, les ‘Ontleedkundige Tafelen’, accompagné de nombreuses illustrations.
En 1771, il assista avec deux confrères à une exécution publique de deux criminels à Kotsukappara. Le livre à la main, il compara les illustrations aux structures qu'il avait sous les yeux. Le résultat fut une révélation. Les organes, les os et les différentes structures observées correspondaient de manière remarquable aux descriptions et aux illustrations du livre.
Cette expérience convainquit Sugita de l'intérêt de l'anatomie occidentale. Avec ses collaborateurs, il entreprit alors de traduire l'ouvrage en japonais. Le travail fut considérable. Ne maîtrisant pas suffisamment le néerlandais, les traducteurs durent progressivement reconstruire le sens de nombreux termes et descriptions. Leur travail aboutit finalement à la publication, en 1774, du ‘Kaitai Shinsho’, considéré comme le premier grand traité japonais d'anatomie occidentale traduit en japonais. Pour Sugita Genpaku, cette expérience constituait une découverte majeure : le corps que l'on pouvait observer directement correspondait à la représentation anatomique occidentale. »

 

Que cherchons nous à décrire en parlant d’anatomie?

C'est ici que l'histoire devient particulièrement intéressante pour nous. Sugita découvrait la précision remarquable de l'anatomie occidentale. Mais cela ne signifiait pas nécessairement que les descriptions traditionnelles de la médecine chinoise étaient simplement « fausses ». Comme l'explique Maître Kawada, les deux approches ne cherchaient pas nécessairement à représenter la même chose.

L'anatomie occidentale cherchait à décrire avec précision les structures corporelles : les os, les muscles, les organes, les nerfs, les vaisseaux et leurs relations. La médecine traditionnelle chinoise s'intéressait davantage aux processus du vivant, à leurs interactions et à leurs manifestations.

 

De l'anatomie moderne descriptive à l'anatomie du vivant

L'anatomie moderne nous donne aujourd'hui des moyens extraordinaires pour observer le corps vivant. Les techniques de pointe nous montrent progressivement quelque chose que la dissection seule ne pouvait pas révéler complètement : la structure et la fonction sont intimement liées.
Une structure anatomique n'existe pas indépendamment des contraintes qui s'exercent sur elle.
Les tissus se déforment, ils glissent les uns par rapport aux autres, ils transmettent des forces, ils reçoivent des informations mécaniques et chimiques, ils se remodèlent.
L'anatomie du vivant est donc une anatomie en mouvement.

 

Quelle anatomie pour le shiatsu ?

C'est dans cette perspective que les cours d’anatomie dispensés aux praticiens du shiatsu doivent, me semble-t-il, s'inscrire. L'objectif n'est pas de remplacer l'anatomie scientifique par une lecture énergétique du corps. Il ne s'agit pas non plus de confondre les modèles de la médecine occidentale et ceux de la médecine traditionnelle chinoise. Il s'agit plutôt de faire dialoguer plusieurs niveaux de compréhension du corps, en gardant à chacun son cadre de référence.
L'anatomie nous permet d'identifier les structures, les organes, et les fascias, tandis que la physiologie permet d’identifier les mécanismes de régulation et les grands systèmes qui se côtoient. La lecture du vivant en médecine traditionnelle chinoise nous propose quant à elle une autre grille de lecture du vivant, fondée notamment sur les relations fonctionnelles, l’implication des émotions et le mouvement du Ki.
C'est dans cette perspective que le cours d'anatomie de l'Ido School choisit de mettre les descriptions anatomiques en relation avec les fonctions physiologiques, les grands systèmes du corps humain et le cycle des cinq éléments de la médecine traditionnelle chinoise. L'objectif n'est pas seulement de savoir où se trouve une structure, mais aussi de comprendre dans quel ensemble fonctionnel elle s'inscrit.

 

L'anatomie du vivant

L'histoire de Sugita Genpaku nous rappelle finalement que notre manière de regarder le corps influence nécessairement ce que nous cherchons à y voir. L'anatomie occidentale nous a donné une connaissance extraordinaire de la structure du corps humain. La médecine traditionnelle chinoise, quant à elle, nous invite depuis des siècles à considérer le corps comme un ensemble dynamique de relations et de transformations. Ces regards ne répondent pas toujours aux mêmes questions mais leur dialogue peut être particulièrement riche pour celui qui pratique le shiatsu.

L'anatomie nous apprend à regarder le corps.
La physiologie nous apprend à comprendre son fonctionnement.
Le shiatsu nous invite à rencontrer ce corps dans son mouvement, sa sensibilité et sa capacité d'adaptation.

Peut-être est-ce là que commence véritablement l'Anatomie du vivant.

 

Informations pratiques :

  • Le cours « Anatomie du Vivant » organisé par Idō School aura à Woluwe Saint Pierre (proche du ring de Bruxelles)
  • Module Théorique: du 6 novembre au 11 décembre 2026
    Module Pratique: 26 mars au 24 avril 2027
  • Détails et inscriptions ?  https://idoschool.be/formations/autres/anatomie/

 

Bibliographie :

GRAY, H. (2013). Gray's Anatomy. Arcturus Publishing.
KEOWN, D. (2018). The Uncharted Body: A New Textbook of Medicine. Original Medicine Ltd.
NETTER, F. H. (2023). Atlas d'anatomie humaine (P. Kamina, trad., 8e éd.).
https://publicdomainreview.org/collection/chart-of-the-inner-landscape-1886/

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